Fonctionnaire du monde ou
"métro, boulot, dodo'' à la mode cairote ! !
Comme de nombreux d’entre vous sont déjà venus dans ce magnifique pays en tant que touristes, j’ai pensé qu’il serait agréable de vous faire découvrir la vie quotidienne d’un employé du gouvernement au Caire.
Cette histoire est née dans ma tête après avoir lu de nombreux articles dans des quotidiens régionaux qui tentent de nous éclairer sur la condition des habitants de la capitale égyptienne qui compte environ 18 millions d’âmes. Mais est ce vraiment une fiction et ce récit ne reflète-t-il pas la simple réalité ?
Pour se faire, nous allons suivre l’un d’eux aux prises avec un quotidien difficile où les droits les plus élémentaires sont bafoués et vous pourrez ainsi constater les conditions des travailleurs dans un continent peu éloigné du notre ! ! !
Mahmoud est un égyptien au teint mat, aux cheveux grisonnants et qui parait bien plus que ses 40 ans.
Il habite à Aïn Chams un quartier du Caire non loin de l’aéroport et aujourd’hui, avant de se rendre à son bureau, il doit se rendre au ministère de l’Education afin d’obtenir les papiers nécessaires au transfert de ses enfants vers une école plus proche de son domicile. Il doit, à tout prix finir ce problème qui le hante depuis la rentrée scolaire de septembre dernier.
Il explique que les lenteurs de l’administration sont immenses et qu’il faut sans cesse glisser un pot de vin afin d’obtenir ses droits les plus évidents.
( Je tiens à rappeler qu’ici, le mot « pot de vin » peut simplement consister à verser à la personne quelques livres égyptiennes ou alors lui faire un petit cadeau comme un petit parfum, cendrier ou autre.)
Avant de sortir de chez lui, Mahmoud va prendre son petit déjeuner. Tout en sirotant son thé il parcourt son journal préféré : Al Gomhouriya ( le gouvernement) et n’oubliera pas de repasser sa chemise et cirer ses chaussures bien qu’il sache que celles-ci seront piétiner dés qu’il prendra son bus.
Tous les jours, il espère lire dans son quotidien un communiqué ministériel annonçant une augmentation prochaine des salaires ou des primes des fonctionnaires mais cela ne semble pas venir.
Il explique que son salaire de 800 livres égyptiennes (environ 120 euros) n’a pas augmenté depuis des années. La galette de pain coûte actuellement 20 piastres ( soit 3 centimes d’euros) et pour obtenir celle à 5 piastres, il faut faire la queue pendant des heures. Tous les prix ont augmenté et manger de la viande est devenue inabordable pour de nombreuses familles égyptiennes.
Mahmoud avoue avoir des difficultés financières qui engendrent des problèmes dans son couple et les frictions avec son épouse au sujet du budget du ménage sont quasi quotidiennes.
Mahmoud doit maintenant affronté la rue et prendre un bus afin de se rendre au ministère de l’éducation. Fortement bousculé, il parvient tant bien que mal à grimper dans un bus bondé. Collés les uns contre les autres, les passagers étouffent pendant l’interminable trajet qui va les conduire au centre ville du Caire. Enfin, après 45 minutes, il y parvient sain et sauf mais dès la descente, il remarque que ses vêtements sont déjà tous froissés.
Maintenant, il doit se frayer un passage entre les voitures, les tas d’ordures entassés dans tous les coins, les travaux inachevés sur la chaussée et ce, avec des trottoirs inexistants afin de rejoindre l’immeuble de l’administration.
Il faut tout de suite rappeler que pendant les heures de pointe du matin, la densité de la population est de 16 000 personnes au kilomètre carré…..
Mais les Cairotes sans accepter cette promiscuité ont fini par s’habituer et Mahmoud, comme les autres a appris comment faire pour se frayer un passage et bousculer les gens afin se prouver sa place.
La vie au Caire est une véritable jungle où la notion de vie semble peu importante.
Arrivé au ministère, c’est déjà la cohue. Il attend patiemment son tour et pendant deux heures va passer d’un bureau à l’autre, demandant aux fonctionnaires de lui confirmer la démarche à suivre, se heurtant très souvent à un mur d’inertie………. Pour accélérer la procédure, il est même obligé de les soudoyer. A l’un, il offrira une cigarette, à l’autre, un verre de thé et glissera un petit billet au planton afin de faciliter son passage.
Grâce à cela, il obtiendra satisfaction et muni des documents nécessaires au transfert de ces enfants dans une école proche de son domicile décida de reprendre un bus afin de rejoindre son travail.
Arrivé en retard au département des ressources humaines dans l’organisme gouvernemental où il travaille, une tonne de dossiers l’attend sur son bureau. Son supérieur lui fait des remarques désobligeantes et de ce fait les réponses de Mahmoud à ses interlocuteurs sont désagréables.
Inconsciemment, il reproduit exactement le même schéma que les fonctionnaires du ministère de l’éducation en répondant : « Revenez demain, le dossier n’est pas prêt » ou « Votre salaire ne permet pas l’obtention d’un prêt actuellement » etc.
Selon un psychiatre interrogé sur les conditions de vie de certains cairotes, celui-ci précise que dans un environnement aussi agressif, il est quasi impossible de s’arrêter pour réfléchir et analyser les raisons de cette vie. Cette frustration est commune à de nombreux égyptiens et se répercute dans leur foyer.
L’épouse de Mahmoud termine son travail à 13h. Elle doit ramener les enfants de l’école, préparer à manger et nettoyer la maison. Comme toute mère de famille européenne, elle va tenter de faire tout cela en un temps record puisqu’elle devra également jouer son rôle d’institutrice et d’épouse attentionnée lorsque son mari rentrera.
Elle avoue ne pas prendre le temps d’écouter ses enfants et ne pas leur consacrer toute l’attention dont ils auraient besoin. Parfois, elle reconnaît qu’elle les sermonne en leur disant qu’ils devraient se rendre compte de leur bonheur de pouvoir aller à l’école et de ne pas être obligés de travailler afin de nourrir leur famille comme le font certains enfants des rues. Ce comportement ne peut être admis et culpabilise les adolescents.
Après une pénible journée de labeur, Mahmoud est persuadé d’avoir accompli son rôle de père de famille. Afin d’éviter les tensions avec son épouse, il ira s’asseoir au café d’en face afin d’y boire un thé en toute tranquillité. Là, il y rencontre d’autres clients, la plupart au chômage qui est aussi l’un des gros problèmes de la jeunesse égyptienne qui ne trouve pas d’emploi.
Reposé, Mahmoud rentre chez lui et tente de convaincre sa femme de se mettre au lit………………………Mais son stress sera le plus fort et son désir s’envolera au bout de quelques secondes.
Voila en quelques lignes fortement inspirées d’un journal local qui vous ont fait découvrir une journée d’un fonctionnaire du Caire.
En toute franchise, je pense que ce récit aurait pu aussi bien concerner beaucoup de banlieusards confrontés à la fameuse devise « métro, boulot, dodo ».
Vous pouvez ainsi constater que les préoccupations des travailleurs sont les mêmes dans de nombreux pays du monde ; il est certain qu’ici, au Caire la surpopulation et l’inflation actuelle jouent un rôle primordial et que les solutions – si solutions il y a – auront beaucoup de mal à voir le jour et à être mises en application. Certaines priorités revêtent un caractère plus urgent que d’autres et il semble difficile de faire la part des choses sans avoir une parfaite connaissance du contexte particulier de ce magnifique pays ( ce qui fera certainement l’objet d’un futur avis de ma part ).
Parfois, je tente de faire le parallèle entre nos deux sociétés et bien qu’il y ai des points similaires, il ne faut jamais perdre de vue que nous sommes ici dans ce qu’il est communément appelé un pays sous développé avec tout ce que cela engendre de difficultés. Pour la petite histoire l’Égypte vient de changer l’entraîneur de son équipe nationale de football et a désormais fait choix d’un italien dont vous me ferez grâce du nom mais qui bénéficie d’un salaire mensuel de 40 000 dollars sans compter les avantages ( voiture, villa etc ). Dans ce pays où une grande majorité de la population n’arrive pas à joindre les deux bouts cela semble totalement surréaliste ! ! ! ! !
Merci de vos lectures et à bientôt,
